Prix International des droits de l'homme
Ludovic-Trarieux 2026

“L’hommage des avocats à un avocat ”
“The award given by lawyers to a lawyer”
“El homenaje de abogados a un abogado ”
L'omaggio degli avvocati ad un avvocato”
“Die Hommage von Anwälten zu einem Anwalt”
« De award gegeven door advocaten aan een advocaat »
Depuis/Since/Desde/Dal/Sinds 1984

Imaan MAZARI et Hadi Ali CHATTHA
PAKISTAN
Conjointement laureats du
Prix Ludovic Trarieux 2026
Originaire du sud du Pendjab, au Pakistan, Imaan Mazari (de son nom complet Imaan Zainab Mazari-Hazir), 32 ans, née en 1994 à Islamabad est la fille de Shireen Mazari, une éminente politicienne pakistanaise, membre mouvement du Pakistan pour la justice (Pakistan Tehreek-e-Insaf, PTI), qui a été ministre des droits de l’homme de 2018 à 2022. Elle a poursuivi ses études de droit à l'Université d'Édimbourg, au Royaume-Uni, après avoir obtenu son LLB au Pakistan et est associée du cabinet MH Advocates & Legal Consultants, qui assiste les victimes de violences et de persécutions à obtenir réparation. Elle défend les droits des communautés religieuses et ethniques persécutées, ainsi que les violations des droits de l’homme et les abus, en particulier ceux perpétrés par l’armée et les forces de sécurité pakistanaises.
Imaan Mazari a été arrêtée le 20 août 2023 à 3 h 30 du matin, par des dizaines de policiers et d'agents en civil qui ont pris d'assaut son domicile à Islamabad sans lui présenter de mandat d’arrêt et sans donner de raison pour justifier l’arrestation. Ils ont démonté le système de vidéosurveillance, enfoncé la porte d'entrée, ont placé Imaan Mazari en garde à vue devant sa mère, récemment veuve, et l'ont traînée et jetée à l'arrière d'une voiture. Elle n’a même pas eu la possibilité d’enlever ses vêtements de nuit.
Deux jours plus tôt, le 18 août 2023, elle avait pris la parole lors d'un rassemblement à Islamabad organisé par le Mouvement Pachtoune Tahafuz (PTM), et avait défendu avec vigueur les droits des communautés religieuses et ethniques persécutées, ainsi que les violations des droits de l’homme et les abus, en particulier ceux perpétrés par l’armée et les forces de sécurité pakistanaises. Elle avait notamment évoqué les violations présumées des droits de l’homme liées à l'armée, notamment de vives critiques concernant les disparitions forcées et ouvertement accusé le puissant pouvoir militaire pakistanais de parrainer le terrorisme. « Les vrais terroristes sont ceux qui sont assis au GHQ », a-t-elle déclaré à la foule, faisant référence au centre de commandement de l’armée pakistanaise au centre-ville de Rawalpindi. « Tous ces généraux et colonels qui ont trahi la nation… devraient être traduits en cour martiale. » Dans son discours, Imaan Mazari a exigé la fin de ce qu’elle a appelé les « guerres du dollar », financées par les États-Unis et imposées au peuple pachtoune, ainsi que la libération de toutes les personnes disparues. Les Pachtounes représentent environ 20 pour cent de la population du Pakistan.
À la suite de ce discours, le Département de lutte contre le terrorisme (CTD) a déposé deux plaintes (First information report - FIR) à son encontre, l’accusant notamment de terrorisme et d’infractions graves en vertu du Code pénal, dans laquelle est mis en cause notamment pour sédition (section 124A), incitation à des émeutes (sections 148, 149 et 153), apologie de la haine entre les groupes (section 153A) et intimidation criminelle (section 506). Outre, Imaan Mazari, l’ancien législateur et l’un des fondateurs du PTM, Ali Wazir, a lui aussi été arrêté le même jour.
Le 20 août 2023, à 3 h 30 du matin, elle a été arrêtée par des dizaines de policiers et d'agents en civil qui ont pris d'assaut son domicile à Islamabad sans lui présenter de mandat d’arrêt et sans donner de raison pour justifier l’arrestation. D’abord poursuivie pour avoir tenté d’« interférer dans les affaires de l’État »,elle a fait l’objet de plaintes successives visant à prolonger sa détention l’accusant de multiples infractions au Code pénal, notamment : émeute en possession d’une arme mortelle (section 148) etc. Le 22 août 2023, un juge a ordonné sa libération sous caution, mais elle est cependant restée en prison en raison de l’existence d’une autre plainte pour terrorisme et sédition. Le 28 août 2023, le tribunal antiterroriste (ATC) d’Islamabad a finalement accepté de libérer Imaan Mazari sous caution mais elle n’a pas pour autant été libérée. La police pakistanaise a en effet procédé de nouveau à son arrestation quelques heures plus tard, au motif d’une nouvelle plainte déposée au poste de police de Barakahu à Islamabad pour des allégations de « financement d’activités terroristes ».
Ce n’est que le 2 septembre 2023, qu’Imaan Mazari a finalement été libérée sous caution par le tribunal antiterroriste (ATC) d’Islamabad. Elle continue de faire face aux différents chefs d'accusation portés contre elle en vertu de la loi antiterroriste,
Imaan Mazari s'est mariée le 28 décembre 2023, avec Abdul Hadi Ali Chattah, un autre avocat spécialisé dans les droits de l'homme, qui défend notamment les personnes injustement accusées de blasphème et les victimes de violences sexuelles, de viol et de disparitions forcées au Pakistan. Il travaille avec le Justice Project Pakistan dans des affaires concernant des condamnés à mort et il est le créateur et directeur exécutif de Fair Trial Defenders.
Imaan Mazari et Hadi Ali Chattah ont été tout deux arrêtés le 28 octobre 2025 par la police d'Islamabad en vertu des lois antiterroristes pour avoir enlevé des barricades placées sur une route dans le cadre du protocole de sécurité de l'équipe de cricket d'Angleterre à Islamabad. Le procureur a demandé une détention provisoire de 30 jours mais ils n’ont finalement été placés en détention provisoire que pendant trois jours par un tribunal antiterroriste d'Islamabad (ATC) pour avoir « retiré des barrières routières » placées à des fins de sécurité. Tous deux font l'objet de poursuites pénales dans une affaire désormais connue sous le nom d’« affaire des tweets », qui incrimine leurs commentaires sur les réseaux sociaux critiquant la conduite de l'État, notamment les allégations de disparitions forcées et d'autres violations des droits de l’Homme dans les provinces du Baloutchistan et du Khyber Pakhtunkhwa.
Tous deux ont été incarcérés le 23 janvier 2026, après une manifestation devant la Haute Cour d'Islamabad (IHC) (IHCBA). En les interpellant, la police a eu recours à la violence, a affirmé Syed Wajid Ali Shah Gillani, président de l'association du barreau de la Haute Cour d'Islamabad. Un tribunal de première instance les a condamnés à un total cumulé de 17 ans de prison dès le lendemain de leur arrestation, dans une affaire liée à des publications sur les réseaux sociaux en vertu des articles 9 (apologie d'un délit), 10 (cyberterrorisme) et 26-A (diffusion de fausses informations) de la loi controversée de 2016 sur la prévention des crimes électroniques (PECA) au Pakistan.
En septembre 2025, un tribunal d'Islamabad a délivré des mandats d'arrêt sans possibilité de libération sous caution contre les deux avocats. Ils sont actuellement détenus à la prison d'Adiyala, à Rawalpindi. L'affaire découle d’une plainte déposée le 12 août 2025 par l'Agence nationale d'enquête sur la cybercriminalité (NCCIA) en vertu de la loi sur la prévention des crimes électroniques (PECA), qui affirme que les « tweets » d’Imaan Zainab Mazari-Hazir « s'alignent sur celles de groupes terroristes hostiles » et accuse Hadi Ali Chattha de les avoir republiées. Le 29 octobre 2025, des réquisitions officielles ont été déposées en vertu de plusieurs articles de la loi PECA, déclenchant une série rapide d'audiences.
Parallèlement, le 20 septembre 2025, le couple a fait l’objet d’une plainte de la police d'Islamabad en vertu de la loi antiterroriste (ATA) pour avoir lancé des slogans contre le Président de la Cour lors d'une manifestation devant la Haute Cour d'Islamabad (IHC) pour s'opposer à la suspension du juge Tariq Mahmood Jahangiri de son activité judiciaire. Mais trois jours après, la Haute Cour de Peshawar (PHC) leur a accordé une libération sous caution transitoire.
Le 23 janvier 2026, la police d'Islamabad a arrêté Hadi Ali Chattah et Imaan Mazari alors qu'ils se rendaient à la Cour d'appel du district dans un véhicule de l'Association du barreau de la Haute Cour d'Islamabad (IHCBA), accompagnés de hauts représentants du barreau, pour une audience de l'affaire dite des « tweets » au motif qu’ils ont exprimé leur solidarité avec des militants baloutches et pachtounes et critiqué l’armée pakistanaise.
Plus tard dans la journée, le couple a été retenu dans un véhicule devant un tribunal antiterroriste et empêché d'entrer, tandis que la procédure se déroulait à huis clos en l'absence d'avocat. Leur arrestation a eu lieu malgré une ordonnance de la Haute Cour d'Islamabad du 21 janvier précédent, leur accordant une suspension temporaire de l'arrestation, rétablissant la liberté sous caution et garantissant le droit à une défense complète, y compris le contre-interrogatoire.
La police pakistanaise a invoqué une série de plaintes dormantes et rétroactives, notamment une affaire de terrorisme datant de juillet 2025 dans laquelle Imaan Mazari et Hadi Ali Chattha étaient accusés d'avoir agressé des policiers lors d'une manifestation, accusation qu'ils nient fermement.
Bien que la Haute Cour d'Islamabad ait suspendu temporairement l'arrestation et accordé une mise en liberté sous caution et bien qu'une demande de transfert en attente devant la Haute Cour d'Islamabad ait légalement privé la Cour de sa compétence, celle-ci a néanmoins rendu son jugement.
Hadi Ali Chattah et Imaan Mazari ont été condamnés le 24 janvier 2026, par le tribunal de première instance d'Islamabad à un total cumulé de17 ans d'emprisonnement (10 ans pour cyberterrorisme, 5 ans pour glorification d'une infraction et 2 ans pour informations fausses et falsifiées) et à une amende de 36 millions de roupies chacun pour des publications entre 2021 et 2025 jugées « anti-étatiques » sur les réseaux sociaux, dans une affaire désormais connue sous le nom d’« affaire des tweets » critiquant la conduite de l'État, notamment les allégations de disparitions forcées et d'autres violations des droits de l’Homme dans les provinces du Baloutchistan et du Khyber Pakhtunkhwa. Le parquet a soutenu que des publications sur les réseaux sociaux contenaient des propos incitant à la haine ethnique, sapant la confiance du public dans les institutions étatiques et impliquant à tort les forces armées dans des actes de terrorisme et des disparitions forcées. Des recours ont été déposés devant la Haute Cour d'Islamabad.
Avant cela, le 15 janvier 2026, le tribunal du district et de premières instances avait annulé la libération sous caution de Imaan Mazari Mazari et d’Hadi Chattha, restreint leur droit à la défense et émis des mandats d'arrêt sans respecter les exigences procédurales obligatoires.
La condamnation a été prononcée peu après la comparution du couple par liaison vidéo depuis la prison d'Adiala qui a duré moins d'une minute. Au cours de cette brève audition, Imaan Mazari a déclaré avoir été soumis à la torture et invoquant le refus de leur fournir de la nourriture et de l'eau pendant leur détention. Ils se sont vu refuser la possibilité de mener à bien le contre-interrogatoire des témoins à charge et n'ont pas eu accès à un avocat pendant leur détention.
Selon les dernières informations, en date du 19 mai 2026, le juge Azam Khan de la Haute Cour d'Islamabad a refusé d'examiner la demande d'audience urgente concernant la suspension des peines, au motif qu'une copie certifiée conforme de l'arrêt de la Cour suprême n'avait pas été jointe au dossier. L’avocat du couple a demandé à la cour de fixer l'affaire au lundi 25 mai 2026.
Hadi Ali Chattha est un avocat de Multan, spécialisé dans les droits de l’homme et le droit pénal, qui a défendu plus d'une douzaine de victimes accusées à tort de blasphème. Il a débuté sa carrière juridique au sein de la cellule d'aide juridique Asma Jahangir, où il a travaillé bénévolement pour représenter des victimes de violences sexuelles, de viols et de disparitions forcées. Il a été en 2019-2020, vice-président de la Commission des Droits de l’Homme du Conseil du barreau du Punjab, a également collaboré avec Justice Project Pakistan sur des dossiers de condamnés à mort.